Réflexions sur l’hyperperformance et la culpabilité

Publié mercredi décembre 15, 2021 par AQEM

Avez-vous déjà eu l’impression de toujours courir à droite et à gauche et d’arriver à la fin de semaine à bout de souffle? Vous êtes-vous déjà demandé… Après quoi courez-vous au juste? Après le temps? Après l’argent? Après le bonheur? Après la fierté de prouver votre valeur en travaillant fort? 

On a décidé de réfléchir un peu à tout ça à force d’entendre nos membres, atteints d’encéphalomyélite myalgique, faire le récit de la stigmatisation dont ils sont victimes. Pourquoi? Parce qu’ils ont une maladie qui les empêche de travailler à temps plein et qui leur cause des symptômes invalidants au quotidien, comme de l’épuisement extrême, un malaise post-effort et des troubles cognitifs importants. Atteints à tout âge par cette maladie pour laquelle il n’existe aucun traitement curatif, ils doivent adapter de façon drastique leurs activités du quotidien et se battre pour la faire reconnaître. Incompris et forcés d’arrêter leurs études, de tomber en invalidité professionnelle ou de sacrifier leurs rêves, ils doivent en plus endurer les jugements extérieurs. C’est presque devenu un réflexe de juger les autres selon leur occupation. C’est la deuxième question que l’on pose après avoir demandé le nom de quelqu’un. Qu’est-ce que tu fais dans la vie? Où est-ce que tu travailles? Dans quel domaine étudies-tu? Sommes-nous devenus à ce point conditionnés à carburer aux résultats, à l’adrénaline et au stress quotidien? Et si… On prenait juste le temps de respirer et d’évaluer nos mentalités. 

Et si l’on reconnaissait cet idéal glorifié dans notre société pour ce qu’il est : une cadence irréaliste, une pression inutile et surtout, une source de stress et de culpabilité?  Mais il se passe quoi, si l’on ne peut pas maintenir ce rythme, pour quelque raison que ce soit? Nous devenons paresseux aux yeux des autres. Qu’arrive-t-il pour les personnes dont l’état de santé ne leur permet pas de travailler à temps plein? Prendre une retraite forcée à 35 ans parce qu’on souffre d’une maladie chronique et invalidante, ce n’est certainement pas le scénario idéal de personne. Ces personnes ne sont ni paresseuses, ni moins méritantes. Pourtant, elles se retrouvent souvent stigmatisées, jugées, catégorisées comme ayant moins de valeur que les autres.

Est-ce vraiment aux personnes qui ne sont pas en mesure de suivre cette cadence irréaliste de se sentir coupables? On croit plutôt qu’un changement de mentalité s’impose dans notre société, trop axée sur la performance et l’atteinte d’objectifs. Cessons de valoriser la surcharge, l’ambition à tout prix, le multitasking.

Cessons de courir après la fin de semaine, après les vacances d’été, après la prochaine promotion… Arrêtons-nous un moment pour reprendre notre souffle et réfléchir. Pour 2022, normalisons le fait de ne pas être disponibles, d’adapter son horaire en fonction de sa réalité et d’oser dire non à cette pression inutile. Surtout, finissons-en avec la culpabilité de ne pas pouvoir tout faire. Pouvons-nous arrêter de nous comparer aux autres sur les réseaux sociaux, de mesurer nos réussites avec celles des autres, de définir notre valeur en tant qu’humains en fonction de notre carrière, de nous sentir inadéquats comme parent parce qu’on ne fait pas 1001 activités? Pour 2022, mettons à l’agenda plus de bienveillance et moins de jugements envers soi-même et les autres!